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La Cité des arts d’aujourd’hui, le séminaire d’autrefois

mardi 17 novembre 2015

Le 6 novembre 2015, en suivant les guides conférencières, Isabelle et Sophie, sur les hauteurs du quartier Marracq, nous avons découvert l’histoire de l’ancien Grand Séminaire de Bayonne devenu la Cité des Arts.

PREMIER GRAND SEMINAIRE DE BAYONNE :

Le premier séminaire de Bayonne est créé en 1722. A Bayonne, plusieurs tentatives avaient échoué (Mgr de Maury, Mgr Fouquet). Ce fut Mgr Druillet (1707-1727) qui réalisa le projet grâce à des legs de généreux donateurs, notamment le terrain sur lequel sera construit le Grand séminaire. L’Evêque confia le Séminaire (C’est à dire en donna la propriété) à la Congrégation de la Doctrine de la Foi.
Suite à la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État le bâtiment est évacué en 1906.
L’ancien grand séminaire, après sa désaffectation, servira à loger les familles modestes de Bayonne jusqu’à sa démolition. Dans les années 50 des premières habitations à loyer modéré de la ville seront construites à cet endroit : La cité Lahubiague.

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Vue aérienne de l’ancien grand séminaire de Bayonne. À l’intersection à gauche se trouve aujourd’hui un rond-point au-delà duquel se trouve, à gauche, le nouveau grand séminaire devenu la Cité des Arts. La place en forme de demi-cercle de l’avenue de Lahubiague existe toujours. L’ancien grand séminaire et ses terrains ont été remplacés par la cité Lahubiague.
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NOUVEAU GRAND SEMINAIRE :

Les concepteurs du Grand Séminaire de Bayonne sont Monseigneur Gieure (1851-1937) Evêque de Bayonne de 1906 à 1934 et l’architecte Albert Saint-Vanne né à Bayonne en 1877 désigné surveillant des travaux diocésains de Bayonne le 6 avril 1901.

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Albert Saint Vanne

Monseigneur Gieure œuvre pour une Eglise militante et entend renforcer, avec cet édifice, la présence du clergé dans la ville. Il a également souhaité que ce nouveau séminaire soit en tous points identique à celui d’Aire sur Adour dont il a été le supérieur. La création du parc a été confiée à la société Gelos frères.

L’architecture du bâtiment est un mélange de rigueur dans les lignes et d’austérité liée à ses fonctions.


Le plan en « U » fermé par la porte d’entrée au-dessus de laquelle se trouve le blason de Monseigneur Gieure sur lequel nous pouvons lire : « SPES MESSIS IN SEMINE » qui peut se traduire par : Espérer récolter la graine …récolter la graine du savoir.

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Le blason de Mgr. Gieure
Tranché au 1 d’azur à Notre Dame de Buglose d’or ; au 2 de gueules au calice d’or à l’hostie issante d’argent, une bande d’argent brochante sur la partition.

Nous entrons par cette porte au cœur d’un univers dédié à l’enseignement, afin de découvrir ce lieu patrimonial désormais dévolu à la création interdisciplinaire. A l’entrée de belles boiseries.

La pose de la première pierre date de 1914.
- Histoire du diocèse de Bayonne, Bernard Goïty, Secrétariat de l’Évêché de Bayonne, 2007, p. 407 : « La première pierre fut posée et bénite le 2 mars 1914, le jour où l’Église de Bayonne célébrait la fête de saint Léon, son premier évêque. La cérémonie eut lieu sans bruit, sans éclat, pour ainsi dire dans une stricte intimité ! Il y avait là, cependant, avec les autorités diocésaines, les chanoines du Chapitre et tout le clergé de la ville. Des laïcs
entouraient l’évêque, trois notables bayonnais qui étaient le conseil de l’Évêché pour les affaires de jurisprudence et la sauvegarde des intérêts diocésains : M. Guichenné, député, MM. Laxague et Yturbide, avocats. Étaient également présents l’architecte, M. Saint-Vanne et le chef de chantier, M. Sauces. Le chroniqueur du Bulletin Religieux écrivait le 8 mars suivant : ’ Le chantier est dès aujourd’hui en pleine activité ; les travaux seront rondement menés, toutes les adjudications étant terminées et chaque entrepreneur étant parfaitement outillé ’. Mgr Gieure voulut reproduire à Bayonne l’architecture du Grand Séminaire d’Aire dont il avait été le Supérieur et il se montra sur ce point intransigeant. »

Quatre années plus tard c’est un édifice de composition classique, sévère comme il sied à ses fonctions, qui s’élève sur le plateau de Marracq. Le bâtiment s’organise autour d’une cour centrale entourée de promenoirs rappelant l’architecture des cloîtres.


Son ouverture le 1er mai 1919 :
- Le Bulletin diocésain, 11 mai 1919 : « La rentrée des élèves au Grand Séminaire a eu lieu, comme nous l’avions annoncé, le jeudi 1er mai. Enfin, la ville de Bayonne reprend possession des élèves du Grand Séminaire, à la grande joie de tous ! Cependant le plus grand nombre est encore sous les drapeaux. On ne compte que douze théologiens et cinquante-cinq jeunes philosophes. Tous les directeurs, démobilisés, ont repris leurs cours. »
- Le Bulletin diocésain, 14 décembre 1919 : « Les élèves sont enfin tous rentrés au nouveau grand Séminaire de Bayonne ; tous, sauf ceux qui sont encore sous les drapeaux. C’est une belle communauté : cent-quarante élèves. L’année a débuté par une retraite. Le P. Guy, provincial des Franciscains, l’a prêchée. Il nous revient que cette retraite a été religieusement suivie et qu’elle laissera des fruits durables de grâce dans les cœurs des Séminaristes. La clôture de la retraite a été marquée par une double cérémonie : d’abord la prise de soutane par un grand nombre de jeunes philosophes, puis une ordination de deux minorés. C’est la première ordination qui s’accomplissait dans le nouveau Séminaire. Avant la prise de soutane, Monseigneur l’Évêque adresse une allocution au jeune auditoire, exprime les sentiments qui se pressent dans son cœur et le pénètrent d’émotion : Souvenir de l’expulsion, il y a 14 ans ; abandon du vieux grand Séminaire, l’exil, la guerre, les morts glorieux, le retour dans un Séminaire nouveau que la foi et la générosité des fidèles a permis d’édifier et de rendre digne du diocèse de Bayonne. Ensuite Monseigneur dit aux Séminaristes la beauté et les exigences de leur vocation. »

Dès ses premières années d’existence, le grand séminaire est fortement marqué par la Grande Guerre. Par l’absence de ses jeunes élèves d’abord, souvent partis au front. Par le souvenir de ceux d’entre eux qui n’en reviendront pas. Par la présence, dès le mois d’août 1914 des volontaires étrangers tchèques et polonais qui s’engagent dans la guerre au côté des soldats français et viennent se former à Bayonne avant de partir au combat.
(Les engagements des volontaires tchécoslovaques auprès de la Légion étrangère débuta à Paris le 21 août 1914. Le 31 août marque la création de la première compagnie, bataillon C du 2e Régiment de Marche du 1er Étranger à Bayonne. En se croisant en ville, ils se saluaient par „Nazdar !“, et furent dès lors dénommés la « Compagnie Nazdar ! ».) https://www.youtube.com/watch?v=Wgl_ldlLTN0

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Camp Saint Leon "Compagnie Nazdar"La première cérémonie de la remise du fanion ainsi que la prestation de serment des volontaires slovaques et tchèques a eu lieu le 12 octobre 1914 à Bayonne.

Le bâtiment est achevé en 1919. L’année précédant son achèvement, le bâtiment était loué par le diocèse aux soldats américains.
- Le Courrier de Bayonne et du Pays Basque, 22 juin 1918 : « Nous croyons savoir que le nouveau grand séminaire a été loué par l’administration diocésaine à l’autorité militaire américaine. Ce magnifique établissement n’est pas encore complètement terminé mais, d’après nos renseignements, les officiers américains se chargent de pousser activement les travaux qui permettront de le rendre habitable. »

En 1940 il est réquisitionné par les Allemands.
Puis c’est une longue vie paisible de formation spirituelle qui s’installe pour les séminaristes, dans cet édifice préservé et privilégié.
Confronté à une diminution des vocations, le séminaire est vendu à la municipalité en 1973.
En 1975 s’ouvre la deuxième page de son histoire : le grand séminaire devient le lieu d’enseignement de la musique, puis de la danse et de l’art dramatique. Les bâtiments accueilleront un Conservatoire de musique.

CONSERVATOIRE DE MUSIQUE, DANSE ET ART DRAMATIQUE :

1876 : la création de l’école de musique de Bayonne par arrêté du Conseil municipal ouvre l’histoire d’un enseignement musical de grande qualité dans la ville. Moins de huit ans après, l’école municipale devient l’une des douze écoles nationales de musique, contrôlée pédagogiquement par l’Etat.
L’établissement change d’emplacement dans la ville, parfois dans des lieux inattendus. Ainsi à ses débuts, l’école trouve sa place dans des appartements vacants de l’hôtel de ville, tout près du logement du concierge et des archives… Puis c’est à la rue de Luc, dans l’ancienne école de garçons ou dans l’immeuble communal du Palais, place Montaut, aujourd’hui démoli.
En 1908, l’école rejoint les locaux de l’ancien évêché, aujourd’hui médiathèque de la ville.
Enfin, la désaffectation du grand séminaire en 1975 permet son développement dans des locaux pouvant répondre aux exigences présentes et futures d’un établissement national d’enseignement de la musique.
En 1960, c’est le premier conservatoire en France à se donner pour base administrative un syndicat intercommunal, assurant son rayonnement sur l’ensemble du territoire. L’enseignement de très haut niveau et l’étendue des disciplines étudiées lui permettent d’obtenir en 1997 le label prestigieux de Conservatoire National de Région, devenu depuis Conservatoire à Rayonnement Régional.
Le Grand Séminaire a été désaffecté et accueille depuis 1975 le conservatoire de musique.


L’ancienne chapelle (1822) est aujourd’hui l’auditorium Daniel Dechico.

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Auditorium Daniel Dechico

Nous avons pu y admirer de superbes vitraux aux références locales.







Ces vitraux sont l’œuvre des maitres verriers Maumejean. Des « maîtres d’une rare compétence professionnelle possédant un sens artistique avisé et une profonde science héréditaire ». C’est ainsi que la maison Mauméjean Frères, reçut le grand prix à l’Exposition internationale des Arts décoratifs modernes à Paris, en 1925.
Elle avait déjà une renommée et des références internationales. Installée à Paris pour ses bureaux, la société anonyme de vitraux d’art et de mosaïques avait ses ateliers à Hendaye, rue de Santiago. Elle employait jusqu’à 300 personnes. À la séparation de l’Églises et de l’État, la firme a failli être anéantie par la raréfaction des commandes. Mais c’est en Espagne où elle a émigré qu’elle a réussi à renaître. Les frères Mauméjean connurent un succès international pendant la première moitié du XXe siècle. Le premier de la dynastie, Joseph, vit le jour à Dax en 1809. Peintre sur faïence, son fils Jules Pierre Mauméjean, est le premier peintre verrier de la famille. Jules fonda en 1860 l’atelier Mauméjean à Pau, et créa de très nombreux vitraux dans le Béarn et en Espagne, où il ouvrit un atelier à Madrid en 1898. En 1908, les trois ateliers d’Espagne, Madrid, Barcelone et Saint-Sébastien forment la SA. Mauméjean Hermanos.

ÉCOLE D’ART DE L’AGGLOMÉRATION CÔTE BASQUE –ADOUR :

L’histoire des arts accompagne celle de la ville depuis le XVIIIe siècle, avec la création, dès 1778 par Pierre Lagleire, de l’école académique de dessin de la ville de Bayonne, l’une des plus anciennes de France.
Le XIXe siècle marque un renouveau artistique sensible au Pays Basque, avec la personnalité affirmée des maîtres Léon Bonnat et Achille Zo et de leurs disciples et élèves, regroupés sous le vocable « d’École bayonnaise ».C’est à la même époque que l’école de dessin prend son essor, sous la direction du maître Achille Zo.

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Henti Achille Zo

Achille Zo sera à l’initiative de la galerie des plâtres (moulages en plâtre d’œuvres anciennes) En déambulant au cœur de la gypsothèque nous avons pu y reconnaître certaines oeuvres célèbres.









L’école de dessin se déplace dans la ville au fil du temps : maison Lebas aux allées Boufflers, Hôtel de ville, rue Jacques Laffitte, couvent des Capucins au cœur du quartier des Arènes, Cité des arts enfin.
Son statut évolue lui aussi : école de dessin au XIXe siècle, école municipale des beaux-arts en 1959, cours municipal de dessin dans les années 1960, École d’art de l’Agglomération Côte basque - Adour.
En 1962, avec son nouveau directeur Pierre Mallet (1920 – 1995), l’école de dessin devient l’école des Beaux-arts de la Ville de Bayonne avec agrément du Ministère de la Culture. Située à la Mairie, côté « Adour », elle prépare en quatre ans au Certificat d’Aptitude à la Formation Artistique Supérieure.
En 1972, l’école change de statut et de site. Elle s’installe dans l’ancienne école du Couvent des Capucins, rue Caroline Rimbert et devient l’école de dessin du District de Bayonne, Anglet, Biarritz.
Depuis 1986, sous l’impulsion de son ancien directeur Dominique Berthommé, l’école se développe, diversifie ses missions et redéfinit son enseignement laissant une large place aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. La formation continue vers l’industrie graphique se développe également en 1989.
En 1995, l’école affirme son engagement auprès des jeunes adultes qui désirent accéder à l’enseignement supérieur ou acquérir une formation fondamentale à des fins de développement professionnel.
Une classe préparatoire aux concours d’entrée des écoles supérieures d’art est créée avec un enseignement spécifique et à temps complet.
Dès 2001, une programmation régulière de conférences ouvertes au public est mise en place, animées par des personnalités du monde de l’art. En 2004, l’école intègre le dispositif « école et cinéma ».
De nouvelles classes thématiques sont créées : une formation préparatoire aux nouveaux métiers de la création, une classe de mise à niveau en arts appliqués.
Regroupant 1 340 élèves, des enfants aux adultes, en passant par les jeunes préparant un concours d’entrée aux écoles supérieures d’art, l’établissement du quartier des arènes, installé depuis 1972 dans l’ancien couvent des Capucins, était de plus en plus à l’étroit. Un transfert dans des nouveaux locaux apparaissait donc comme une nécessité.
Après l’installation, en septembre 2008, dans le Petit-Bayonne, de la faculté pluridisciplinaire, la partie ouest de l’ancien séminaire et les locaux adjacents (plus de 4 000 m2) ont été quasiment libérés de toute occupation. Le champ était libre pour le transfert de l’École d’art du Couvent des Capucins (1000 m²) au site de Saint Crouts à Bayonne. Choisis après concours, deux architectes parisiens, Jacques Lichnerowicz et Patrick O’Byrn, ont étudié les espaces nécessaires à l’École d’art.
En 2013, l’école d’art, forte de près de 1 100 inscrits et d’une quarantaine de professeurs intervenants, quitte le site du Couvent des Capucins, pour rejoindre le site de Saint Crouts à Bayonne et, ainsi, former avec le Conservatoire à rayonnement régional Maurice Ravel installé de longue date en ces lieux, la Cité des Arts. Son destin est maintenant lié à celui du conservatoire Maurice Ravel, au sein de la Cité des arts porteuse d’une belle synergie entre les arts plastiques, la musique, la danse et le théâtre.

Nous avons eu le plaisir de voir en avant-première l’exposition des dessins de Benjamin Artola. Monsieur Artola nous a présenté lui-même son travail ayant servi à la réalisation d’un clip : « Grand soleil, Misfits »que vous pouvez visionner sur https://www.youtube.com/watch?v=yCGzLgS64uo







Depuis quelques années, l’édifice s’habille de modernité avec sa transformation en Cité des arts, nouvel équipement d’agglomération dédié à l’enseignement musical et artistique et favorisant la recherche et la création interdisciplinaires.
Aux origines, centre d’études spirituelles et de recueillement, c’est toujours l’esprit qui anime ces lieux, esprit de la musique, esprit des arts, une remarquable pérennité qui fonde la modernité d’un édifice du passé.

Voir en ligne : Legion Tcheque à Bayonne

Mieux connaître Bayonne pour mieux la protéger

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